Wednesday, 3 September 2008

Le pic d'eau et le droit de l'homme revendiqué / Peak water and human rights

illustration : Manitoba Wildlands.org


Au Congrès mondial de l'eau qui se tient à Montpellier, les scientifiques prédisent une pénurie d'eau potable. Déjà les réserves de la planète ont fortement diminué :

  • 16,800 mètres cubes par habitant en 1950
  • 7300 en 2000
  • 4800 estimés pour 2025

parce qu'au même temps que la population humaine grandit vers 8 milliards, et que fondent les glacières avec le changement climatique, s'accélèrent la consommation d'eau des riches, et (coûts jugés extérieures, donc non-comptabilisés par l'économiste traditionnel) s'aggrandissent les pollutions toxiques et bactériales, et avec leurs besoins faraminantes d'eau les agrocarburants, les sables bitumineux au Canada, les stations thermiques et nucléaires .

Quant aux besoins d'eau potable, aujourd'hui au congrès DPI-NGO des Nations Unies à Paris, des experts ont reclamé le droit à l'eau. Ils martèlent que la privatisation creuse plus profondément le fossé entre les pauvres et les riches dans chaque pays. Le marché penche pour ceux seulement capables de payer, et surtout pour les spéculateurs. Pour les dépourvus, plus encore de déprivation -- et ils paieront plus cher le peu qu'ils reçoivent, comme ils paient toujours plus cher les aliments.

Que faire? À Paris les écolos demandent le droit à l'eau en droit d'homme, parce que droit à la vie humaine. Certains experts réclament une interdiction de l'exploitation commerciale, de la spéculation (voir le film Le hold-up de l'eau) et l'établissement d' un fonds H2O international géré par les Nations Unies, espèce de trusteeship fund à l'échelle mondiale pour assurer ce droit à la vie. Cette politique est fortement opposé par les grandes corporations, les privatiseurs et leurs gouvernements alliés – lutte qu'on verra s'aggraver au congrès d'Istanbul en 2009.

Chiffres cités dans le Courrier de l'UNESCO de nov 2005:

  • 1500 mêtres cubes par année pour produire les aliments et vêtements d'un occidental typique, l'équivalent d'une piscine olympique, en plus de 150 litres par jour pour sa toilette (bain et chasse d'eau)
  • 140 litres pour produire une tasse de café
  • 2000-5000 litres pour produire un kilo de riz
  • 1000 litres pour produire un kilo de blé
  • 2000-10000 litres pour produire la viande d'un seul hamburger

Conclusions tirées à Montpellier, à Paris, à faire accepter à Istanbul :

  1. il faut résolument réduire notre consommation d'eau par les riches, par les industries, par l'agriculture industriale, par une irrigation savante
  2. il faut décréter le droit à l'eau comme droit humain
  3. il faut empêcher l'accaparement des biens communs de la nature (parfois désignés en 'services de l'écosystème'), tels l'eau, par les corporations et les spéculateurs
  4. les accords bilatéraux assure un droit corporatif non humain à une certaine quantité d'eau: les compagnies peuvent poursuivre pour dommages les gouvernements pour perte de profit ($milliards), si par suite ils un partage juste entre riches et pauvres, pour conservation ou pour raison environnemental; et cela en dépit de la secheresse attendue dans maints pays
  5. il faut créer des fonds internationaux pour assurer une juste conservation, et distribution des essentiels de la vie

En bref, l'écolo, le partage sociale et solidaire, paix et justice, ne font qu'un.


Références :
Le Monde 4 sep 08: La gestion de l'eau, un défi pour demain à traiter aujourd'hui
Courrier de l'UNESCO spécial Eau
La Recherche dossier spécial juillet-août 2008: L'eau
Maude Barlow 7 tony Clarke, Blue Gold 2001 (pdf download), traduction revisée L'or bleu 2002 (téléchargeable en pdf)
Avocats sans frontières - Lawyers without borders
film de l'ONF Le hold-up de l'eau - NFB film Dead in the Water
les scientifiques de l'IWRA (International Water Resources Association)
exemple d'un fonds international : H2O Africa et ses partenaires
Public Citizen : Water for the poor (pdf)
Vivat International - sustainable development Water for Life, streams of justice (2002)
IUCN Water as a Human Right? 2004 (pdf)
UN Water for Life Decade
UNDP Water Governance

--
Summary in English
Water experts at the current Montpellier conference, and NGOs in a UN-DPI-NGO meeting in Paris, warn of a 'peak water' crisis. Water shortages will almost double by 2025.

Ever-increasing population, climate change, consumption patterns of the rich, pollution, agricultural and industrial uses, biofuels, thermal and nuclear plants, and tarsands are predicted to almost halve the available world water supply per person by 2025. For eight years, eco-economists have been urging water as a human right, an expansion of UN principles savagely resisted by corporations, financial speculators, and the governments of rich nations. The showdown will come at the 2009 World Water conference in Istanbul, Turkey. See the references listed above.

4 comments:

Gepetto said...

Oui, bien évidemment, certains pays vont manquer d’eau. Ce n’est pas un scoop, hélas, puisque plus d’un milliards de nos frères humains n’ont pas accès à de l’eau potable de façon durable, et que plus de 2,5 milliards n’ont pas accès à l’assainissement (en gros, des toilettes et des réseaux d’égouts, qui permettent d’éviter les maladies).
Je vous trouve limité sur les solutions que vous préconisez. Décréter un droit à l’eau ne suffira qu’à nous faire plaisir : je ne vois pas l’effet pratique, même si j’y suis personnellement favorable. Par ailleurs, je ne vois pas où l’on va trouver les fonds. L’aide publique au développement (la somme versée par les pays développés aux pays en développement pour financer toutes leurs campagnes de développement : santé, nourriture, eau, transport, éducation, etc.) représente environ 50 milliards de dollars par an. Or, la plupart des experts pensent que pour tenir le seul objectif du millénaire sur l’eau, il faudrait au moins 3 fois cela. Quel fonds mondial serait capable de distribuer cet argent de façon efficace ? Qui sélectionnerait les projets ? Je crois qu’il faut effectivement faire un fonds international, certes, mais qu’il faut aussi encourager le secteur privé à financer des réseaux d’eau partout, sur le modèle des partenariats public privés : les Etats restent propriétaires et les entreprises investissent. C’est comme cela que l’on a fait le réseau ferré français, mais aussi le réseau d’eau. Si ca a marché chez nous…

fdmillar said...

Bien que je vois difficilement comment la privatisation des essentiels de la vie peut être une solution durable -- si ce n'était qu'il faudra alors ajouter à tout frais de développement un pourcentage de profit, ce qui doit nécessairement dépasser les coûts d'un investissement public -- je suis très content que vous avez ouvert le débat. Le blogue ne doit certainement pas être univocale, mais se montrer ouvert à toutes les idées. Merci, dans l'espoir de voir d'autres commentaires de votre part.
David Millar

Gepetto said...

Si le constat fait par les ONG est exact ce n’est pas les entreprises privées qu’il faut blâmer mais bien les états et les gouvernants qui ont abdiqué. Ne nous trompons pas de responsable, si la loi permet la privatisation des ressources c’est que les gouvernants ont fait ces lois, non ? A ma connaissance il n’y a qu’au Chili qu’on puisse parler réellement de privatisation dans les cas de partenariat public / privé ont en est très loin puisque le public reste propriétaire des infrastructures ou le devient à terme.
Enfin, on ne peut pas dire quand ça nous arrange que heureusement le privé ne s’occupe que de 8% de la distribution de l’eau dans le monde et dire que ce sont ces entreprises qui sont responsables des millions de personnes qui manquent d’eau dans le monde y compris lorsqu’elles n’y sont pas en plus ? Public citizen se réjouissait fut un temps du fait que les entreprises privées n’étaient plus en Afrique (ce qui n’est pas tout à fait vrai d’après ce que je lis au demeurant) et malgré cela elles seraient responsables ?
Moi je suis pour que l’on arrête de faire de l’idéologie politique sur ce sujet si grave !
Très cordialement,

G

Gepetto said...

Si le constat fait par les ONG est exact ce n’est pas les entreprises privées qu’il faut blâmer mais bien les états et les gouvernants qui ont abdiqué. Ne nous trompons pas de responsable, si la loi permet la privatisation des ressources c’est que les gouvernants ont fait ces lois, non ? A ma connaissance il n’y a qu’au Chili qu’on puisse parler réellement de privatisation dans les cas de partenariat public / privé ont en est très loin puisque le public reste propriétaire des infrastructures ou le devient à terme.
Enfin, on ne peut pas dire quand ça nous arrange que heureusement le privé ne s’occupe que de 8% de la distribution de l’eau dans le monde et dire que ce sont ces entreprises qui sont responsables des millions de personnes qui manquent d’eau dans le monde y compris lorsqu’elles n’y sont pas en plus ? Public citizen se réjouissait fut un temps du fait que les entreprises privées n’étaient plus en Afrique (ce qui n’est pas tout à fait vrai d’après ce que je lis au demeurant) et malgré cela elles seraient responsables ?
Moi je suis pour que l’on arrête de faire de l’idéologie politique sur ce sujet si grave !
Très cordialement,

G.