Friday, 15 June 2012
Exploding the UN "green economy" myth -- by AttacTV
Sunday, 25 September 2011
Financement climatique : le coup monté derrière le rideau
Depuis un an, tous les agences de l'ONU sont ordonnées par le sécrétaire-général Ban Ki-Moon à suivre la ligne des « banquereaux » du WBCSD (le lobby des multinationaux non-pétroliers) dans le financement de l'« économie verte » ni pas par l'aide directe ni par la taxation les spéculateurs internationaux, mais par les marchés du carbone (MDP, REDD, PES) sans garanties suffisantes sur l'additionnalité, ni le consentement éclairé des populations vulnérables, par exemple dans la DDPA, ni garanties des droits de l'homme, ni procédure d'appel. Tout ce qu'il faut pour créer un casino de carbone, éclore une nouvelle bulle pour finir dans un autre krach, ajoutant à la dette des pays pauvres, et faussant le « développement ».
Banquereaux, ça veut dire la bande qui nous a amené ces effondrements mondiaux de 2000 et 2007, ces sauvetages que paieront vos enfants et petits-enfants, cette reprise sans emploi, cette «régulation» édentée de la spéculation financière internationale à Bâle III, et qui se préparent maintenant un coup dans les marchés non-réglementés de carbone. Un coup mortel: 300 000 décès chaque année sont dus au chaos climatique. Parmi les perpétrateurs, les suspects habituels: les grandes banques (depuis l'abolition de la loi Glass-Steagall indifférenciées des fonds vautours et speculatifs), qui contrôlent les institutions de Bretton Woods (le FMI, la Banque mondiale), tous compris dans le Consensus de Washington qui maintient le Tiers Monde dans une pauvreté abjecte. Les mêmes pouvoirs refusent l'aide directe aux pauvres du monde. Dans le cas où l'aide est accordée, elle prend soit la forme d'une bradage des biens de l'Etat et des ressources naturelles forcée par la dette, soit « aide liée » aux produits et services du pays donateur, c'est à dire une autre subvention cachée aux lobbyistes du donateur. L'ONU à beau d'annoncer une triple crise de l'alimentation, du climat et de carburant; cette « aide » bidon les aggrave tous les trois.
Les consultations PNUE-RONA d'octobre 13 à 15 à Washington (voir nos précédents rapports) visent à obtenir des ONG bien intentionnées et les groupes confessionnels un appui naif à l'« économie verte » tel que proposée -- sans garanties pour les peuples autochtones et pauvres, sans mécanisme d'appel, sans financement adéquat des OMD. Moins d'une semaine plus tard, le 19 octobre, le PNUE lancera son Initiative du marché du carbone, afin que l'affaire soit scellé avant qu'on sache.Regardez bien la séquence d'événements:
3 au 5 septembre 2011: consultation du PNUE à Bonn, où les ONG européennes ont insisté sur:1. Une économie verte durable pour promouvoir l'équité sociale, l'égalité des sexes et l'équité intergénérationnelle. Qui respecte les limites de la planète, et assure une répartition équitable des ressources entre tous les pays, les groupes sociaux, hommes et femmes. Qui offre des incitations pour les économies zéro-déchet et à faible émission de carbone afin d'améliorer et restaurer l'environnement naturel, tout en fournissant des moyens de subsistance "vert" – de nouvelles possibilités d'emploi et d'entreprise pour les femmes comme les hommes. C'est pourquoi le 10 YFP SCP mise en œuvre devrait être le fondement des politiques de l'économie verte.
2. Afin de réaliser une économie véritablement verte, nous avons besoin d'une meilleure régulation des acteurs financiers internationaux et des flux financiers. Des instruments spécifiques pour parvenir à une écologisation de l'économie ont été proposées ...
- De nouveaux indicateurs de bien-être. Il est dans l'intérêt des générations jeunes et futures, que des mesures audacieuses seront prises vers une économie verte dans le contexte du développement durable et d'éradication de la pauvreté. Afin de réaliser la transition vers une économie verte, la politique réelle
mise en œuvre de nouveaux concepts tels que (ensemble de) des indicateurs pour mesurer le développement et l'internalisation des coûts externes doit être assurée et soutenue par des systèmes de gouvernance efficaces.
- Respecter les limites planétaires en toute décision, basée sur les meilleures
les connaissances scientifiques, eet tenant compte du principe de précaution
- L'introduction d'une TTF (taxation des transactions financières mondiales), afin de contribuer à la protection de financement de notre patrimoine mondial et du développement durable et les investissements dans les économies vertes et inclusive.
- L'éco-efficacité des instruments sont importants, mais il ya aussi un besoin de «suffisance» des instruments (l'innovation sociale, les bouchons sur l'utilisation des ressources, ...), en particulier dans les pays du Nord de s'attaquer à la surconsommation de - et une pression excessive sur - - les ressources naturelles.
3. Évaluation indépendante de la technologie ...
4. Contrôle du cycle de vie du nucléaire et de l'uranium ...
Ces demandes répétées des ONG, en commençant par la COP-15 à Copenhague, ont été soigneusement ignorées par l'ONU, le WBCSD, le G20 et le Consensus de Washington. La TTF ralentirait la spéculation, donc Wall Street, la City et les gnomes de Zurich feront tout pour l'arrêter.
22 septembre: lancement Green Building Council du Rio+20, partenariat du PNEU et du WBCSD -- suivi le 4 octobre par sa conférence à Toronto
11 octobre: Forum ouvert sur le marché du carbone du PNUE et son Global Environment Facility (GEF) à la Banque mondiale, Washington
13 au 14 octobre: PNUE-RONA consultation régionale avec la société civile en Amérique du Nord, Washington
19 au 20 octobre: lancement de l'Initiative financière du PNUE à Washington. Regardez bien le programme pour le jour 1 et jour 2. Si ce n'est pas cuit d'avance, je démissionne comme analyste. La liste des participants comprend:Depuis un an, tous les agences de l'ONU sont ordonnées par le sécrétaire-général Ban Ki-Moon à suivre la ligne des « banquereaux » du WBCSD (le lobby des multinationaux non-pétroliers) dans le financement de l'« économie verte » ni pas par l'aide directe ni par la taxation les spéculateurs internationaux, mais par les marchés du carbone (MDP, REDD) sans garanties suffisantes sur l'additionnalité, ni le consentement éclairé des populations vulnérables, par exemple dans la DDPA, ni garanties des droits de l'homme, ni procédure d'appel. Tout ce qu'il faut pour créer un casino de carbone, éclore d'une nouvelle bulle pour finir dans un autre krach, ajoutant à la dette des pays pauvres, et faussant le « développement ».
Voir la liste des promoteurs à la fin de notre article en anglais.
Sunday, 18 September 2011
La voie, pour l’avenir de l’humanité -- par Edgar Morin

Les mauvaises langues se gausseront de cette « prétention » du philosophe à définir une nouvelle voie, pour notre avenir commun. Ces mauvaises langues qui se sont unies dans un concert haineux contre le petit opus du grand résistant Stephane Hessel devenu, par la grâce de quelques petits pisse- froid, un antisémite forcené, comme ce pauvre Umberto Eco, se retrouveront dans la dénonciation de ce qui est pourtant l’un des livre-programme les plus exigeants de ce nouveau siècle.
Edgar Morin nous rappelle, ce que les monothéismes et la philosophie de l’homme-dieu nous ont désappris, les humains sont une partie d’un univers plus vaste, ils ne peuvent vivre hors de cet univers, en dehors de leur fantasme technophages. Si chaque individu est unique, il ne peut vivre bien longtemps hors des autres. Dans un monde global, où la mondialisation tient lieu de politique de civilisation, il est temps de rappeler que nous sommes interdépendants et qu’il est temps pour nous de penser le monde et non les profits que nous pouvons tirer du monde.
Edgar Morin refuse pourtant de renoncer. Il propose à ceux que ce système dégoûte et à tous les indignés, d’opposer à ce système qu’on nous impose comme le seul vivable, une autre voie, d’autres voies, des bifurcations, des chemins de traverse. Réformer le système nous impose de nous réformer profondément nous même. Refuser notre égoisme qui nous pousse à accepter la déforestation massive des grandes forêts pluviales pour construire nos terrasses, à accepter la souffrance et la barbarie de l’élevage de masse qui détruit l’environnement et notre propre corps, à accepter que des états dit démocratiques se comportent en occupants, détruisant et humiliant, à accepter pour pouvoir aller nous dorer la pilule dans des îlots de rêve que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants souffrent de manque de nourriture, d’eau, de terre et de respect. Il nous faut refuser la nouvelle doxa qui nous invite à refuser la « culpabilité » du discours écologique, car ce discours est celui d’un nihilisme criminel.
Vivre sur une terre limitée avec des ressources limitées nous impose le contrôle de nous même et de nos appétits, bref l’abandon de ce lamentable stade anal dans lequel l’homo occidentalus semble se complaire depuis deux siècles. Une nouvelle voie…
Monday, 5 September 2011
En descendant la Châteauguay -- vidéo par Olivier D. Asselin
Documentaire de 40 min sur l'état de la rivière Châteauguay au sud de Montréal et sur une volonté citoyenne de la sauvegarder. Le film est une production des Amis et Riverains de la Rivière Châteauguay, des Scouts 29e du Châteauguay et du réalisateur Olivier D. Asselin.
Thursday, 21 April 2011
Bâtir le pays sacré -- par Diane Noury
Sommes-nous les seuls êtres humains qui se retournent versleur passé ?
Sommes-nous les seuls à penser qu’ils seront peut-être les
derniers ?
Sommes-nous tellement intelligents que nous seuls voyons les
choses aller ?
Sommes-nous tout seuls à aimer la terre comme une mère ?
Je sais que non, j’espère que non.Je cherche l’autre du dehors, celui et celle de l’autre bord.
Je tends la main, je l’ouvre pour donner, pour recevoir, pour
échanger.
Pour être tendre avec la vie qui me porte.
J’aime l’humain, j’honore le vivant.
Et je me lève en ce jour pour marcher droit, le regard fier
Jusqu’à l’horizon d’un jour nouveau que nous allons refaire
Unis
Divers
Je veux me battre contre mes propres peurs et mes inhibitionsEt bâtir le pays sacré qui nous habite tous.
Je veux rejoindre le bien et le beau en tout.
Le voir renaître, grandir, mûrir et rebâtir le monde.
à gauche: cuisine communale à Bécancour

Friday, 18 February 2011
El movimiento "Buen vivir"
Las comunidades indígenas del Abya Yala o América defienden el concepto de el buen vivir, en oposición al “vivir mejor”, como un modelo de vida o de desarrollo más justo, más sostenible o sustentable, más ecológico. Se abre con especial fuerza en América Latina, hasta el punto que, recientemente, Ecuador y Bolivia han incluido el buen vivir en sus respectivas constituciones como el objetivo social a ser perseguido por el Estado y por toda la sociedad.En oposición al vivir mejor occidental, al siempre vivir mejor de la lógica neoliberal, el buen vivir propone un modelo de vida mucho más justo para todos. Para que unos pocos vivan mejor, que es lo que sucede ahora en el Primer Mundo, para asegurar esas desmedidas demandas de consumo y despilfarro, tiene que existir un Tercer Mundo que provea de materias primas y mano de obra baratas. Muchos, en definitiva, tienen que “vivir mal” para que unos pocos “vivan bien”.
El buen vivir es, en cambio, muchísimo más equitativo. En vez de propugnar el crecimiento contínuo, busca lograr un sistema que esté en equilibrio. En lugar de atenerse casi exclusivamente en datos referentes al Producto Interior Bruto u otros indicadores económicos, el buen vivir se guía por conseguir y asegurar los mínimos indispensables, lo suficiente, para que la población pueda llevar una vida simple y modesta, pero digna y feliz.
Et en français, Mines et changement climatique en Amérique Latine, « un cocktail explosif » !sur le Foro de las pueblos indigenas de Lima, nov 2010.
Wednesday, 1 December 2010
News and videos from COP-16 at Cancun
Canada Fossil of the Day on the opening day of the UN climate talks!
by Hannah McKinnon CAN November 29, 2010

Fossil of the Day is presented daily in Cancun from a network of over 400 leading international non-governmental organizations following a vote to determine which country had done the most over the course of the day to delay, stall, and otherwise disrupt these negotiating sessions in Cancun in December.
Canada has been awarded the 1st, 2nd, and 3rd place Fossil of the Day for the following reasons:
Canada wins third place for a spectacular year-long effort to regain its title of “colossal fossil” as the country making the least constructive contribution to the negotiations.
“Last January Canada backed off of a weak target to adopt an even weaker one, as part of the government’s plan to outsource climate policy to the United States. Canada’s plan to meet that target is, to put it nicely, still being written,” says Graham Saul of Climate Action Network Canada. “Furthermore, the person they’ve just put in charge as Environment Minister is John Baird; COP veterans might remember him as the solo holdout against science-based targets for developed countries at the end of Bali.”
In second place we have...Canada again. So we’ve already heard that Canada doesn’t have a plan to cut emissions. What it does have is a plan to cut a lot of other things, such as:
-the only major federal support program for renewable energy
-a program funding energy efficiency upgrades for homeowners
-funding for Canada’s climate science foundation
-climate change off of the G8 and G20 agendas when Canada played host this summer, and last but not least...
-clean fuels policies in other countries.
“Internal government documents released today reveal that Canada worked to “kill” a US federal clean fuels policy to protect its tar sands, working with allies like the Bush administration and Exxon”, says Steven Guilbeault of Equiterre. “With friends like that, who needs clean energy?”
Now, turning to our first place winner:
Some of you might think the US Senate wasn’t too helpful on climate change. But today’s fossil winner has a Senate that makes the US look good, and not just because these Senators aren’t elected.
“In Canada, Conservative Senators killed a progressive climate change bill without even bothering to debate it, leaving Canada without a science-based target or any domestic transparency program for the already weak 2020 target the government has brought to these talks,” says Patrick Bonin of AQLPA. “Only in Canada could you find such a fossil-worthy Senate.”
So Canada is starting off with a substantial lead, taking three prizes today. Killing progressive legislation, cancelling support for clean energy and failing to have any plan to meet its target all position Canada well for another two weeks of ignominy here in Cancun.”
Despite getting of on the wrong foot, we must remind the Canadian Government that there is still time! This is only day one of these negotiating sessions, still plenty of time to wipe the tar from their eyes and clean up their act
Sommet de Cancún: négocier de mauvaise foi

Pour négocier, il faut avoir quelque chose à mettre sur la table, une contribution à faire. Le Canada arrive les mains pratiquement vides à ce sommet des Nations unies sur le climat à Cancún, alors que la crise climatique touche des millions de personnes dans le monde et ici, au Canada.
Alors que plusieurs autres pays avancent et agissent, d'autres se contentent de rester assis à regarder les impacts s'intensifier. Et de laisser passer l'occasion de contribuer à un avenir énergétique propre. Dans la dernière catégorie, on peut dire que le Canada se complaît tout au fond du baril.
Un bref survol historique de l'inaction de Stephen Harper dans le dossier des changements climatiques montre bien toute la difficulté qu'aura le gouvernement canadien à être considéré comme un partenaire crédible et sérieux encore une fois cette année.
Au cours des derniers mois, les sénateurs conservateurs, non élus, ont tué le projet de loi C-311 lors d'un vote de dernière minute, sans même l'avoir étudié ou débattu, ce qui ne s'était jamais vu depuis plus de 70 ans.
Pas de plan crédible
Des documents récemment rendus publics démontrent que ce gouvernement s'immisce dans les affaires d'autres pays et juridictions pour tenter de les convaincre d'abandonner leurs politiques favorisant les énergies propres et luttant contre les changements climatiques, et ce, afin de protéger les intérêts de l'industrie des sables bitumineux.
Le gouvernement continue d'alimenter le problème en octroyant environ un milliard de dollars en exemptions d'impôts pour les pétrolières, malgré son engagement d'y mettre fin, de concert avec d'autres leaders, dans le cadre du sommet du G20.
Le gouvernement n'a aucun plan crédible ne serait-ce que pour atteindre notre maigre objectif de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, et ce, même si le Canada est l'un des dix plus grands pollueurs de la planète. Depuis le sommet des Nations unies à Copenhague l'an dernier, le Canada est le seul pays à avoir diminué son objectif de réduction de ses émissions de GES.
Le gouvernement a systématiquement muselé les spécialistes canadiens du climat, coupant radicalement leurs budgets de recherche, en plus de louer le plus important navire de recherche du Canada à des entreprises pétrolières en quête de pétrole dans l'Arctique.
Pas de sérieux
Ce gouvernement s'est engagé à contribuer financièrement à l'adaptation aux changements climatiques et au transfert de technologies propres vers les pays en voie de développement. Par contre, cet argent prend principalement la forme de prêts gérés par des agences du secteur privé et de grandes institutions financières multilatérales. Les sommes consenties sous forme de dons proviennent directement du budget actuel d'aide au développement.
Ce gouvernement a choisi de renommer John Baird à titre de ministre de l'Environnement, un ministre reconnu pour ne pas prendre au sérieux le dossier des changements climatiques.
Pire performance
Le principal programme fédéral pour le développement des énergies renouvelables n'a plus un sou. Le seul programme d'efficacité énergétique destiné aux propriétaires de maisons est lui aussi à sec.
Sous le gouvernement Harper, le Canada a systématiquement été identifié comme le pays ayant la pire performance de ces négociations internationales, en remportant le prix Fossile de l'année, et ce, pendant trois années consécutives.
Les impacts des changements climatiques n'ont jamais été aussi clairs: incendies de forêt en Colombie-Britannique, inondations dans les Maritimes et les Prairies, et des centaines de millions de personnes affectées partout à travers le monde. Si les gouvernements agissent maintenant, il n'est pas trop tard pour éviter le pire.
Le premier ministre Harper doit cesser d'agir de façon insouciante en ce qui concerne les changements climatiques, et doit maintenant représenter les intérêts des Canadiens en agissant concrètement et dès maintenant au pays, et en cessant de miner les efforts des autres pays qui, eux, tentent d'apporter leur juste contribution.
Monday, 18 October 2010
Le chant du réfugié -- par Slim Daouzli
photo: Tanganyika Christian Refugee Service
La Maisonnée de Montréal où travaille Daouzli, fournit de l'aide aux immigrants et aux refugiés. Voir aussi son entrevue par Benjamin Vachet.Je suis parti le feu dans le dos, l’espoir devant moi,
Le cœur meurtri, les yeux enfumés.
Je suis parti les mains déchirées, les pieds dans la boue.
Je suis parti le feu dans le dos, l’espoir devant moi,
La rage dans la tête, le tonnerre dans les oreilles.
Je suis parti la peur dans le ventre, mes frères dans la peau,
La fièvre dans le sang, l’amertume dans la bouche.
Je suis parti le feu dans le dos, l’espoir devant moi.
Mon corps est parti mais mon âme est restée.
Par les mers et les terres sans arrêt j’ai erré,
Espéré, supplié, pour un jour pouvoir arriver.
J’ai, des femmes et enfants sans cesse abordés,
Des vieillards et parents innocents rencontrés
Je suis parti le feu dans le dos, l’espoir devant moi.
Mon corps est parti, mais mon âme est restée.
J’ai couru, marché, sauté, trébuché,
Pour un jour, la liberté pouvoir retrouver,
Pour un jour, aux miens, le goût de vivre redonner,
Et enfin le sourire et la joie pouvoir retrouver.
Je suis parti le feu dans le dos, l’espoir devant moi.
Mon corps est parti, mais mon âme est restée.
Grâce à Dieu, un matin le bateau accosté,
J’ai enfin la liberté retrouvée,
Et l’espoir revenu, j’ai enfin savouré
Ce bonheur espéré, souhaité, mérité.
Je suis arrivé, mais mon cœur est blessé.
Avec des menaces et menottes j’ai été hébergé.
Dans les murs de la liberté j’ai été enfermé.
Le froid du dehors et la glace dans les cœurs
Ont été les témoins de mes premières heures.
Je suis arrivé, mais mon cœur est blessé.
Tous ces gens me regardent étonnés, agacés.
Dérangeant, cet étrange étranger
Qui a oublié ce qu’est le verbe manger,
Et qui a pendant des mois voyagé.
Je suis arrivé, mais mon cœur est blessé.
Je ne sais plus qui je suis, où je suis; je suis dépassé.
J’écoute, je parle, je ne comprends pas, je pleure.
Papiers, dossiers, lois, fonctionnaires, questionnaires.
Mon Dieu, pourquoi tant de méfiance et de misère?
Un drôle de mélange avec mes enfants, mes sœurs.
Mais où sont ma mère, mon soleil, ma maison?
Pourquoi ces ruines, ces guerres, ces larmes, sans raison?
Je suis arrivé, mais mon cœur est blessé.
Ma tête est mélangée, mes os sont froids, mon sang glacé.
Me suis-je trompé de route ou m’a-t-on trompé?
M’est-il interdit de vivre enfin la paix?
La recherche de la terre promise n’est–elle qu’un mirage
Qui naît au milieu des ravages et carnages ?
Je suis arrivé et mon cœur est pansé.
Je suis arrivé et mon trouble a passé.
Ma vie ne s’arrêtera pas; finies mes souffrances.
Le monde me sourit, la vie recommence, ou commence.
Je suis arrivé, et si ma chair est pansée,
Et que me viennent de plus belles pensées,
Mon cœur est auprès ceux qui sont restés,
Qui se battent pour cette chère mais trop chère liberté.
Comme moi ils partiront remplis de colère
Pour enfin retrouver un être cher, une terre,
Un frère, une mère, ou parfois un cimetière.
Comme moi ils feront ce chemin de souffrances
Pour ne plus vivre tant de maltraitance.
Comme moi ils vivront la peur et la douleur
Pour un rêve de bonheur et de douceur.
Voir la version vidéo chantée en 2009 par les gens de Projet Refuge, Montréal; articles dans Relations sur les réfugiés au Québec.
(in English)7 min video of interviews with refugees in Montreal:
Kairoscanada info in English & en français; Kairos vidéos en français sur les travailleurs migrants; CCR info English & français; UNHCR info English & français. Attention: government and paid consultant advice is not reliable; les renseignements officiels du gouvernement et des consultants commerciaux ne sont pas fiables.
Saturday, 9 October 2010
Dr Strangelove is alive and kicking -- the weaponization of space
Pax Americana (2009) feature doc by Denis Delestrac, premiered on CBC-TC Apr 2010 as Masters of Space, (disponible en français: Pax Americana ou la conquête militaire de l'espace). The cost of these real-life Star Wars: $200 billion and counting. A defense analyst calls missile defence the "longest running fraud" in US history. It is missile offence. One of 'Dubya' Bush's first acts was to scuttle the ABM treaty. Pentagon spokesmen tell us clearly they want military, not moral, high ground. Their aim is world dominance in defense of American corporate interests, possible first strikes -- and feel "sorry for any one who challenges us". USAF weapons experts and military chaplains cheerlead for the "just wars" to come. Charlie Sheen, Noam Chomsky, Helen Caldicott and others (pacifists, scientists, politicos, diplomats) point out that the system is playing with the lives of your grandchildren.
See also the update in World Can't Wait, Star Wars analyses by Helen Caldecott. Wikipedia on the 1964 movie Dr Strangelove.
Thursday, 23 September 2010
Vers un nouveau visage de l’économie mondiale? -- par Nelson Tardif
Nelson Tardif en plus d'être poète, auteur, artiste, et animateur au CPRF de Montreal, où il y crée des trousses de formation... est penseur social. En 2003 il publie sa thèse de maîtrise en théologie de l'U de Montréal sur la violence sacrificielle Au nom du marché, et en 2006, La vengeance du sang sur la peine de mort. Voici sa réflection systèmique sur l'économie, faite en collaboration avec l'équipe du CPRF: Louise Lafortune, Guy Fortier et Christine Bernier.Les scandales et les échecs récents nous ont bien montré que nous vivons dans un système économique et financier qui porte en son sein une grande instabilité et qui cause de regrettables injustices: les inégalités, la pauvreté, l’endettement, l’environnement menacé… Je vous invite à regarder de plus près le système qui influence chaque jour nos existences individuelles et collectives: le capitalisme néolibéral, qui s’installe à la grandeur de la planète.
Le développement du capitalisme a jusqu’ici connu trois grandes phases historiques. La première, qui va approximativement du XIIIe siècle jusqu’au krach économique de 1929, est généralement connue sous le nom de «libéralisme classique». «Au sens large, le libéralisme prône une société fondée sur la liberté des individus dans le respect du droit au pluralisme et au libre échange des idées.» Au plan économique, cette approche se traduit par la primauté de «l'initiative privée, de la libre concurrence et son corollaire, l'économie de marché». mutilations au Congo colonial, 1905: de tintinology

Dans les faits, cette liberté n’était pas reconnue à tous les peuples ou individus. Pensons au colonialisme, à l’esclavagisme, à la classe ouvrière, aux femmes, aux guerres pour l’accaparement des ressources. Le capitalisme a dès le point de départ toujours eu besoin d’une main-d’œuvre bon marché et d’un accès illimité aux ressources naturelles. Dans cette perspective, la liberté économique consiste, à produire pour les intérêts privés ce qu’ils veulent, comme ils le veulent, où ils le veulent avec le moins de contraintes possibles. Pensons aux conditions de travail, aux lois de protection environnementale, aux syndicats qui sont perçus comme des contraintes à la liberté du marché, à la maximisation des profits et à la compétitivité. Cette première phase se subdivise en deux étapes : la première, va du XIIIe au XVIIIe siècle, consiste en l’émergence du capitalisme marchand, et la deuxième, du XVIIIe siècle à 1929, est celle du déploiement du capitalisme industriel ou industrialisation.
travail à la chaîne chez Ford, 1920: lovefords
La seconde phase du capitalisme va de 1929 jusque vers la fin des années 1970 (plusieurs optent pour 1980), est généralement connue sous le vocable de « fordo-keynésianisme ». L’expression fordo-keynésianisme renvoie à deux hommes qui ont marqué l’histoire du capitalisme: Henry Ford et John Maynard Keynes. Le Fordisme a institué le travail à la chaîne, une innovation fondamentale dans le processus d’industrialisation qui permettait une augmentation significative de la productivité. Ford prônait la possibilité pour ses employés de pouvoir acheter ses automobiles. Le tout visant à faire rouler l’économie. Dans ce sens, il est l’un des pionniers de la promotion de la consommation à grande échelle ou consommation de masse. Keynes, économiste de formation, ne croit pas aux prétendues vertus du libre marché et il propose des limites au laisser-faire. «Ses travaux ont été utilisés après la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de la mise en place de l'État-providence». Enfin, la troisième et dernière phase du capitalisme, qui va de 1980 à aujourd’hui, est connue sous le nom de néolibéralisme. Le phénomène économique connu sous le nom de mondialisation des marchés est survenu lors de cette dernière phase de développement de l’économie capitaliste. Où en sommes-nous aujourd’hui dans l’évolution du système capitaliste?
Un emballement du capital
La crise financière de 2007-2008 représente pour plusieurs un point tournant dans l’histoire du capitalisme. Rappelons que cette crise a provoqué la crise économique mondiale qui a suivi. Ces crises représentent une belle illustration de l’emballement du fonctionnement du capitalisme néolibéral et de sa fuite en avant pour ne pas voir les conséquences écologiques (1) touchant l’humain et l’ensemble de la vie sur terre que ce système de domination engendre. On y a vu particulièrement les effets dévastateurs de la logique des déréglementations, entre autres, dans les milieux de la haute finance, mais pas uniquement. Ces déréglementations débridées, au service de la libéralisation et des privatisations, ne font que nourrir l’appât du gain, à travers les concepts de compétitivité et de maximisation des profits. Comment cela se joue-t-il et quels en sont certains des effets? Une envie gonflée à bloc
Dans le cadre du capitalisme néolibéral, l’obsession de la compétition nourrit la rivalité et le désir de se comparer à autrui et «à exhiber une prospérité supérieure à celle de ses pairs»(2) pour s’en distinguer. Le moyen d’y parvenir consiste à se procurer des biens de consommation et à s’enrichir. Il s’agit d’une course à la distinction qui oblige à produire bien plus que ce dont l’être humain a véritablement besoin, c’est-à-dire le nécessaire pour vivre dignement. Cette dynamique particulière est celle de l’envie, une envie gonflée à bloc qui ne peut être rassasiée. Il s’agit d’une roue sans fin qui pousse toujours à en vouloir davantage, à n’être jamais satisfait de ce que l’on a et à désirer sans cesse monter plus haut dans l’échelle sociale. Il y a toujours quelqu’un au-dessus de nous, ce qui contribue à attiser l’envie et à chercher à se distinguer à tout prix des autres, les rivaux. Je suis quelqu’un dans la mesure où j’ai plus à afficher que les autres.
Cette dynamique engendre deux effets particulièrement pervers: 1) le recul et la perte de vue de toute éthique; 2) la légitimation du chacun-pour-soi: ce qui est bon, c’est ce qui l’est pour moi, peu importent les conséquences concrètes pour les personnes, la collectivité et l’écologie planétaire. Cela va jusqu’à bafouer le droit des autres à vivre dignement et à avoir le nécessaire pour subvenir à leurs besoins, et même jusqu’à la malhonnêteté (pourvu que cela n’aboutisse pas sur la place publique).
Sauver le système
Devant les dérives et les scandales qu’a connus le monde de la finance et la crise économique ainsi provoquée, les dirigeants des pays riches (G20) laissent croire – encore en 2010 – qu’ils sont décidés à redresser la situation en proposant des solutions énergiques pour limiter les abus et les dérapages provoqués par l’obsession du gain rapide. Dans cette perspective, on nous assure qu’il s’agit, entre autres, de reconfigurer le capitalisme dans le but de lui conférer un «visage plus humain». Qu’en est-il dans les faits ?
La brève chronologie des événements qui va suivre [tirée de Manière de voir, Le krach du libéralisme (2009) pp,77,80] permettra de mieux comprendre la situation. D’abord, précisons que la crise financière s’est préparée de longue date. En 2000 nous assistons à la chute à Wall Street de la « nouvelle économie » (secteurs de l’informatique et des télécommunications). En 2001, c’est la crise de la dette en Argentine, c’est la catastrophe et en décembre, scandale et faillite d’Enron à la suite de fraudes comptables. En 2002 c’est au tour du géant des télécommunications WorldCom d’être pris la main dans le sac. C’est la plus importante banqueroute frauduleuse de l’histoire.
soit le capitaine du navire, soit ses investisseurs
ou ses fabricateurs": dessin de
Mike Luckovich, Atlanta Times-Constitution.
George W. Bush signe le plan de relance de l’économie des États-Unis en prévoyant des allègements fiscaux de 150 milliards de dollars pour les particuliers et les entreprises ; le Congrès vote un plan de 300 milliards de dollars pour sauver le secteur immobilier. Par ailleurs, de septembre à novembre, nous assistons à une série de nationalisations, de faillites parfois spectaculaires, de plans de relance, d’injections massives de dollars pour « sauver » le secteur financier et l’économie mondiale et à des chutes records des places boursières. La folie des rendements à tout prix n’a pas échappé au Gouvernement du Québec qui a poussé la Caisse de dépôts à prendre des risques majeurs dans l’achat de Papiers commerciaux adossés à des actifs. Combinées à la chute du dollar canadien, les pertes se sont élevées à 39,8 milliards $ pour 2008. On a vu au cours de 2009 et de 2010, le gouvernement Obama et l’Union Européenne faire des démarches semblables pour sauver leurs économies respectives. Pensons, notamment, aux secteurs automobiles aux États-Unis.
Le 23 octobre 2008, Alan Greenspan déclarait s’être « trompé sur le plan idéologique » en affirmant que les marchés étaient capables de s’autoréguler et qu’il fallait, par conséquent, déréglementer ce secteur d’activités. Cette croyance a conduit au pire désastre financier de l’histoire. Économiste de formation, Greenspan «a été le président de la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis» de 1987 à 2006. Il fut le maître d’œuvre de la politique monétaire étatsunienne durant cette période. Son idéologie économique reposait essentiellement sur les préceptes du néolibéralisme qui prône la liberté du marché pour en favoriser le fonctionnement autorégulateur optimal.
Constatations
Ce survol chronologique permet de constater plusieurs choses: 1) l’appât du gain et les fraudes, c’est-à-dire la dynamique de l’envie, ont joué un rôle prédominant dans l’effondrement des marchés financiers, entraînant la faillite de milliers de «petits» propriétaires et la perte de centaines de milliers d’emplois ; 2) les solutions proposées et les fonds injectés visent essentiellement à redresser le secteur de la finance et à relancer l’économie sans remettre en question les fondements du système capitaliste, particulièrement dans sa version néolibérale ; 3) les propositions de réglementer davantage les marchés financiers ne visent qu’à sauver les apparences et, plus fondamentalement, à éviter l’effondrement du capitalisme en socialisant les pertes; 4) en aucun temps on n’envisage l’échec du capitalisme, on ne propose que des solutions de surface (des plasters); 5) ceux et celles qui tirent profit du système n’ont pas intérêt à ce que les choses changent en profondeur de peur de perdre leurs avantages ; 6) la fuite en avant du système se poursuit sans égards aux conséquences concrètes qu’il produit.
D’autres voix, une autre voie…
Dans la foulée des constatations que nous venons de faire, il apparaît assez clairement que nous ne nous dirigeons pas vers un remodelage significatif et donc en profondeur de l’économie capitaliste. Dans la perspective d’une visée pour un monde différent où la justice sociale, l’équité et le respect de l’écologie planétaire sont pris au sérieux, il est évident qu’il ne faut pas attendre des dirigeants, des financiers ni du monde des affaires des changements notoires et critiques qui remettraient en question les rouages et l’idéologie du capitalisme dans sa version néolibérale. Les rencontres du G-8 et du G-20 tenues à Toronto en juin 2010 en sont de belles illustrations. Au mieux, pourrions-nous envisager de parler d’un néolibéralisme-keynésien (avec plus de réglementation pour réguler les marchés financiers et boursiers et des mesures de soutien à l’investissement privé)? Il s’agit, entre autres, de sauver les entreprises privées ce qui a pour effet de maintenir ou augmenter le nombre d’emplois en relançant, espère-t-on, les investissements (permettant ainsi de préserver le pouvoir d’achat des individus et des familles). Cela a principalement pour but de redonner confiance à l’entreprise privé, aux marchés financiers et aux «consommateurs» et cela même au prix de déficits accrus et de mesures qui engendrent la remise en question et le rétrécissement de réglementations et de programmes sociaux garants d’une certaine redistribution de la richesse, de l’avancement des droits humains et de la protection des milieux de vie. Le néolibéralisme-keynésien représenterait, par conséquent, une deuxième étape dans l’histoire du capitalisme néolibéral, c’est-à-dire une sorte de mélange de la troisième et de la deuxième phase du capitalisme, une sorte d’hybride aussi improbable que désespéré. Pourquoi improbable? Le néolibéralisme nous dit que le marché est autorégulateur alors que Keynes ne croyait pas aux supposés vertus autorégulatrices du marché. Contrairement au néolibéralisme qui prône la déréglementation du marché, Keynes affirmait la nécessité de le réglementer. Dans cette perspective, nous pouvons nous attendre à une nouvelle vague de réglementations des marchés financiers relativement superficielle nous laissant croire qu’on s’occupe véritablement du problème. C’est ce qu’on observe actuellement aux États-Unis et en Europe. Mais il est important de ne pas se laisser leurrer par les véritables intentions des décideurs et possédants qui bénéficient grandement de l’état actuel des choses. Il faudrait plutôt parler d’un néolibéralisme d’apparence keynésienne. Dans les faits, il s’agit plutôt d’une instrumentalisation du keynésianisme aux fins du capitalisme néolibéral.
Par ailleurs, nous pourrions affirmer que le capitalisme n’a peut-être jamais véritablement été menacé. Dans les faits, les multiples crises du capitalisme, la dernière en ligne ne fait pas exception, ont permis une concentration toujours plus grande des pouvoirs de la haute finance. Dans ces périodes troubles, nous assistons à des acquisitions «bon marché», poursuivant ainsi la création et le renforcement d’oligopoles qui contrôlent des secteurs entiers de l’économie mondiale.
Dans cette perspective, les transformations en profondeur du système économique ne proviendront que des luttes des gens de la base. Il est donc essentiel de continuer le travail de conscientisation, les mobilisations et les luttes pour ne pas relâcher les pressions sur la classe politique afin de construire, pas à pas, un autre monde possible.
2. Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Paris, Seuil, 2007, p. 80.
Tuesday, 17 August 2010
Jeux d'O: la chute Manitou, saumons -- Noëlle de Roos Lemos
The immense Manitou Falls is on the river of the same name on the North Shore of the Saint Lawrence. On the South Shore, the visitors' centre at Petite Rivière, Matane has a view of salmon swimming upstream. Moonrise at Havre St Pierre.
Monday, 19 July 2010
Penseurs de la décroissance
Parmi ses penseurs, le bioéconomiste Georgescu-Roegen, auteur de Demain la décroissance. Entropie, écologie, économie (1979); les anarcho-libertaires Jean-Pierre Tertrais, Du développement à la décroissance: de la nécessité de sortir de l'impasse suicidaire du capitalisme (2007, ci-contre), et Alain de Benoist, Demain la décroissance. Penser l'écologie jusqu'au bout (2008); et les écosocialistes Michel Beaud, Le basculement du monde (1997), et Serge Latouche, Le Pari de la décroissance (2006).Leurs adeptes s'appellent «Objecteurs de Croissance», prônant des actions telles une journée sans achat, eco-villages, relocalisation, et simplicité volontaire. Leur sympathisants comptent José Bové, Albert Jacquard, et François Schneider du SERI. Même Nicolas Hulot dans l'Impératif écologique (2008) et Hubert Reeves dans Mal de terre (2003) frôlent cette pensée.
Le progrès est ... un des visages, et un visage incertain, du devenir. Il est remarquable que sur la ruine de la providence divine l'humanité laïque, la philosophie des Lumières, l'idéologie de la raison aient pu hypostasier et réifier l'idée de progrès en Loi et Nécessité de l'histoire humaine ; et cette idée a été à ce point désincarnée, détachée de toute réalité physique et biologique, qu'elle a fait ignorer le principe de corruption et de désintégration en oeuvre dans physis, cosmos, bios. Plus aveugle encore fut le mythe techno-bureaucratique du progrès qui régna pendant deux décennies. Il conçut la croissance industrielle comme l'opérateur du progrès humain. Dès lors, la croissance, vouée à progresser indéfiniment, devenait la preuve, la mesure, la promesse d'un progrès généralisé et infini... -- Edgar Morin, 1981
L'humanité court à sa perte, si elle se montre incapable d'infléchir totalement l'évolution de notre société de consommation ; en somme, si elle continue à se révéler irresponsable [...]. Il nous reste peu de temps pour sauver l'honneur et l'espoir d'une humanité en grand danger. -- René Dumont, 1988
cités dans Michel Beaud, Le basculement du monde (1997) p.281; ci-dessous, d'autres extraits tirés de ce livre en ligne :
Michel Beaud
Menaces des temps présents (p.206+)Disposant d'énormes moyens techniques et financiers, l'Humanité a surmonté bien des craintes et maîtrisé bien des menaces du passé, mais se trouve confrontée aux nouveaux périls nés de sa nouvelle puissance.
Longtemps ce fut la peur de la guerre nucléaire, aujourd'hui lovée quelque part dans les profondeurs de l'inconscience. Aujourd'hui, pour les hommes d'affaires les plus en vue, comme pour des fragments de familles réduits à dormir sous des porches, c'est l'insécurité de tous les instants. Les sociétés riches s'inquiètent de risques pour la santé, même infimes en probabilité, provenant de systèmes d'alimentation ou de soins. Des sociétés pauvres, en cours d'industrialisation et de modernisation, commencent à découvrir les menaces, pour la santé ou la vie, de pollutions ou d'accidents industriels, de malfaçons dans les constructions ou d'usage de matériaux ou de produits dangereux.
Il y a aussi les risques sociétaux, tenant aux effets des guerres et des chaos armés, aux nouveaux comportements des générations des pays riches qui ont été rejetées durablement dans le chômage et la précarité, aux nouveaux comportements des générations des pays pauvres qui ont grandi dans la misère, la lutte pour la vie et la violence ; et aussi les risques tenant aux dégénérescences de la démocratie (engagements non tenus, enrichissement personnel des élus, détournement des moyens publics, corruption)...
En outre, depuis plusieurs années, des responsables d'organismes internationaux, des experts laissent percer, en termes choisis, l'inquiétude que leur inspirent de possibles crises sur les marchés monétaires et boursiers. Le spéculateur George Soros, orfèvre en la matière, est plus explicite : « L'histoire a montré qu'il arrive bel et bien que les marchés financiers s'effondrent, entraînant dépression économique et troubles sociaux». Et encore : « Les marchés sont fondamentalement instables, contrairement à ce que prétendent les idéologues du laisser-faire […]. J'affirme que notre système risque de s'effondrer […]. L'effondrement du marché global serait un désastre dont on ne saurait imaginer les conséquences»
Et puis, il y a les risques découlant des nouvelles technologies, du nucléaire aux manipulations génétiques. D'autant que l'on sait maintenant que ces technologies ne restent pas strictement enfermées dans des laboratoires jusqu'au jour où leur maîtrise est parfaitement assurée.
On sait aussi que la raison d'État ignore et l’éthique et le principe de précaution....La logique marchande aussi a ses raisons qui ignorent l'éthique....
Victoires de l'irresponsabilité et de l'acratie (p.212+)
Irresponsabilité : dès lors que le marché pourvoit à tout, c’est au consommateur de faire le bon choix ; dès lors que l'argent est la valeur suprême, ceux qui n'en ont pas sont hors jeu ; dès lors que les marchés, notamment financiers, sont mondiaux, les dirigeants nationaux ont bien des excuses pour « laisser faire ». Firmes, gouvernements, professionnels (de la santé ou de la finance), savants ne lésinent certes pas sur les appels, les déclarations, les codes (de bonne conduite ou d'éthique). Mais, face aux processus en cours qui déstructurent nos sociétés, mettent en péril la Terre, menacent les humains, nul lieu où soit réellement élaborée et mise en oeuvre la stratégie pluridimensionnelle dont nous avons besoin.
Acratie : incapacité des hommes au pouvoir à l'assumer réellement, à affronter les enjeux majeurs, les problèmes les plus graves, à définir et engager les stratégies nécessaires et à imposer les efforts que les choix faits impliquent. Et même ceux dont les discours montrent qu'ils ont bien vu l'essentiel se révèlent incapables de le prendre en charge ou de mettre en oeuvre les processus ou les procédures qui s'imposent.
Des compromis planétaires ? (p.241+)
Au niveau mondial, on peut se réjouir d'une certaine prise de conscience, d'avancées rendues possibles par certaines réunions internationales et de mesures, annoncées ou mises en oeuvre, dans quelques domaines. Mais les efforts ne sont pas à la hauteur des problèmes.
Le montant de l'aide publique du Nord au développement du Sud est tombé à moins de 0,3 % du produit brut des pays du Nord, record historique. Les États-Unis n'ont toujours pas engagé une politique résolue de réduction de leur consommation de pétrole. Le nécessaire codéveloppement Nord-Sud, qui permettrait de faire face aux urgences et des sociétés et de l'environnement demeure à un stade symbolique.
Si l'on prend comme référence le compromis social-démocrate qui a permis à quelques pays du Nord de mettre pendant plusieurs décennies la machinerie capitaliste en conformité avec certains idéaux de société (équité, solidarité, cohérence), deux « compromis » paraissent souhaitables au niveau planétaire. L'un et l'autre doivent viser à mettre la machinerie multinationale/mondiale en conformité avec le choix d'un monde vivable, dans le souci de faire face aux urgences et de répondre aux besoins essentiels sans sacrifier l'avenir.
D'abord un compromis Nord-Sud. Les pays riches du Nord doivent clairement s'engager à réduire leurs atteintes à l'environnement et à soutenir les politiques d'équipement et de modernisation du Sud assurant la sauvegarde de l'environnement. Pour les pays riches du Nord, il s'agit de :
- réorienter résolument leurs économies dans des voies assurant à chacun les moyens d'une vie digne, réalisant économies d'énergie et de matière et limitant les atteintes à l'environnement ;
- soutenir massivement les efforts faits par les pays en cours d'industrialisation pour adopter techniques et équipements visant ces objectifs ;
- soutenir les efforts des pays pauvres pour reconstruire des activités productives qui assurent la subsistance de chacun et sauvegardent les ressources essentielles (sol, eau, espèces végétales et animales).
Simultanément, un autre compromis devrait être passé avec les très grandes firmes. Devraient contribuer à ce compromis des États, des organismes internationaux et des forces représentant le mouvement social et la société civile dans différentes régions du monde. Ce compromis devrait viser à :
- orienter vers des priorités, en suscitant et mobilisant des demandes monétaires, une partie de l'activité de la machinerie multinationale/mondiale
- border la fuite en avant technoscientique par une application stricte du principe de précaution
- limiter les périls liés à l'intégration de la technoscience dans les très grandes firmes et au développement des megasystèmes techniques.


